Sa grande satisfaction était de voir les femmes «venir toutes seules», comme il se plaisait à le dire, telles les perdrix au coq. Chacun sait qu’il avait un jour répondu à un curieux qui l’interrogeait sur ses moyens de séduction:
—Oh! moi, les femmes, que vous dirai-je? Je les regarde comme ça et elles tombent comme des mouches!
A la façon des Maures ses aïeux, il aimait les femmes un peu comme de gentils animaux familiers qui doivent servir attentivement leur maître, l’homme, pour être vraiment aimables. Il les aimait dédaigneusement. Et l’inconscient désir qu’elles avaient de vaincre ce dédain n’était pas pour peu de chose dans les passions qu’il inspirait.
Il y a encore quelques vieilles maisons de paysans, en Provence, où la femme ne se met pas à table à l’heure des repas. Elle sert les hommes, même ses fils, et ne s’attable qu’ensuite.
On n’ignore pas que les Arabes, voyageant à cheval à la recherche d’un campement nouveau, sont suivis des femmes qui vont à pied chargées comme des bêtes de somme.
Maurin considérait les femmes comme les inférieures prédestinées de l’homme; même les façons galantes, les gentillesses qu’il avait avec elles, étaient comme un tribut un peu méprisant payé à leur frivolité; peut-être, dans son idée, à leur sottise.
Ce qui le distinguait d’un vrai musulman, c’est qu’il avait quelque pitié des femmes. Et ceci augmentait encore chez elles un singulier désir de monter dans son estime, dans son esprit et dans son cœur. Elles ne voulaient pas plus de sa pitié que de son dédain. Et pour se faire aimer, elles finissaient par lui offrir toutes leurs grâces et tout leur amour.
Maurin n’avait pas fait, bien entendu, une étude approfondie de ses propres sentiments. Ce qu’il était il l’était simplement, et il suivait, sans contrarier la nature, sa vie de chasseur aventureux, laissant au hasard le soin de nouer et de dénouer ses histoires amoureuses.
Pour l’instant, il avait, là, contre sa poitrine, une belle fille de dix-huit ans, toute oppressée par la peur, frissonnante, et qui, fiancée à son ennemi le gendarme, l’implorait, lui, le sauvage braconnier!
—Qu’y a-t-il, ma belle petite? demanda Maurin.