Où l’on verra le roi des Maures sacré non pas à Reims mais à Draguignan; et d’une conversation de haute portée entre un policier amateur et un savant inconnu.
Cabissol était devenu pour M. le préfet, qui s’ennuyait un peu à Draguignan, un compagnon intéressant et en même temps un aide dévoué, du moins en ce qui touchait à la police générale du département.
MM. les commissaires n’en prenaient pas ombrage car le policier amateur les faisait maintes fois bénéficier de ses découvertes; et, dans plus d’une grosse affaire où la police avait dû donner «sa langue aux chats», M. Cabissol, poussé et soutenu par sa passion de curieux, avait trouvé «la clef» et fait prendre les coupables.
—Si j’ai bien compris notre Maurin, dit le préfet à Cabissol, son appui aux élections prochaines nous sera de première utilité pour combattre certain candidat dangereux et faire triompher le «bon», c’est-à-dire le nôtre, qui est effectivement un brave homme. Il est aussi mon parent, comme je vous l’ai dit, mais ce n’est pas une raison pour que je ne m’intéresse pas à son succès.
—Vous aurez Maurin pour vous, je m’en charge; il vous l’a d’ailleurs presque promis.
—Comment formera-t-il son opinion sur notre ami Vérignon?
—Laissez-moi faire. Je vous dirai cela bientôt. Les élections n’auront lieu que dans six mois, mais il n’est pas mauvais de s’en occuper à l’avance. Je vais voir Maurin.
—Où cela?
—Je n’en sais rien, je vais à sa recherche.
—Recommandez-lui d’être sage. Nous avons eu toutes les peines du monde à faire classer son affaire de l’enlèvement des chevaux. Le commandant de gendarmerie n’était pas content. Dites-lui que ces plaisanteries-là pourraient lui coûter cher, à la fin, et que toutes les protections du monde, à un moment donné, ne servent plus de rien... Faites-le lui bien comprendre. Il serait stupide qu’une affaire gaie aboutît à un résultat pénible: songez donc! Rébellion contre les agents de la force publique en service! Il y perdrait! et nous aussi.