—Toute réflexion faite, dit M. Cabissol, je ne verrai pas Maurin. Vous aurez sur lui, et pour cause, plus d’influence en tout ceci que personne.
Il se trouva que le soir même, à la nuit close, Maurin entrait dans sa bonne ville de Bormes par la partie haute, évitant ainsi de passer devant la gendarmerie qui est au bas de la ville, et qui,—il n’en pouvait pas douter,—avait, comme celle d’Hyères, l’ordre de l’arrêter, le cas échéant.
Il allait voir M. Rinal et s’informer de son fils; il fut heureux d’apprendre que le petit montrait de l’intelligence et du cœur; il remercia avec effusion le vieux savant et reçut enfin de lui les conseils et les bons avis qui venaient de la préfecture.
Quant à l’idée de poursuivre les deux évadés et de les capturer sans l’aide de la gendarmerie, elle lui était venue toute seule à lui-même, par la raison, confia-t-il à M. Rinal, qu’ils avaient, à sa connaissance, insurté (insulté) une femme, et même une jeune fille, de ses amies... Lorsqu’il songeait à eux, il ne les appelait plus lui-même que les insulteurs de Tonia, et le sang lui bouillait de colère.
—Bravo!... tout cela est d’un chevalier français... ou maure! répliqua en riant le bon M. Rinal.
Puis Maurin alla embrasser son fils chez les braves gens qui l’hébergeaient et passa la plus grande partie de la nuit sous leur toit; et, une heure avant le lever du soleil, il repartait pour arriver premier aux bons endroits à bécasses, lesquelles se montrent à la Toussaint comme chacun sait. Pastouré l’attendait. Ils en tuèrent cinq, puis jugeant d’un commun accord que, toute affaire cessante, ils devaient tracer les deux évadés comme de simples sangliers, ils quittèrent l’autre chasse pour celle-là.
CHAPITRE XXVIII
La voix du peuple nomme Maurin général et Pastouré colonel.
Quelques jours plus tard, à La Molle, soixante chasseurs étaient réunis par les soins de Pastouré, pour faire une battue et prendre les deux voleurs qu’on avait signalés dans les environs.