Et une centaine d’hommes entouraient les gendarmes, les empêchant d’avancer et même de se mouvoir... Les femmes sortirent des maisons et se montrèrent les plus passionnées en faveur de Maurin.
Le tumulte dura un moment, si bien que tout à coup, par-dessus la foule des têtes, Alessandri et le gendarme son camarade aperçurent Maurin et Pastouré en train de détacher les chevaux militaires... Allaient-ils donc recommencer leur fameuse équipée de l’auberge des Campaux?
—Le premier qui m’empêche d’avancer, je le brûle! hurla Alessandri, le revolver au poing, au comble de la fureur.
Comme par enchantement, son revolver lui fut arraché.
Mais Célestin Grondard, à qui personne ne prêtait plus attention, avait contourné la foule et il se précipitait à la tête des chevaux. Déjà il étendait les mains pour saisir la bride du cheval de Sandri sur lequel venait de s’élancer Maurin, quand il reçut sur la tête un maître coup de crosse. Le géant noir tomba. Et Maurin et Pastouré, donnant du talon dans le flanc des chevaux officiels, partirent à fond de train.
Au bruit du double galop, la foule se retourna:
—Vive Maurin! Vive Maurin! Vive Pastouré! Vive le roi des Maures!
Grondard fut relevé, la tête un peu fendue. On le conduisit dans le café du village, pour le panser à l’eau-de-vie.
Consternés, les gendarmes l’interrogeaient:
—Qui t’a frappé?