Et de tout le jour il ne souffla plus mot.

Cependant, les Plantouriens avaient relevé leur saint. Quand ils s’aperçurent que la statue gisante sur le parvis de l’église n’était plus entière, il y eut d’abord un cri d’indignation. Mais on constata aussitôt que le manteau s’était partagé «au droit fil du bois», nettement, proprement. Alors, une vieille femme cria:

—Miracle! au moment où le saint tombait, son bras s’est abaissé, et de son sabre, en souriant, il a partagé son manteau exprès... Je l’ai vu!

—Miracle! cria la foule.

Et de la moitié du manteau de saint Martin, les riches de la commune se firent des reliques, qui, portées en scapulaire, ont la vertu de tenir chaud, ce qui économise les vêtements d’hiver.

Quand Maurin apprit cela:

—Et dire, s’écria-t-il, que c’est à moi qu’ils le doivent, et qu’ils n’ont pas fait déchirer leur procès-verbal!

Le soir du jour où se produisit le miracle, quand le commis-voyageur bien pensant se présenta, à l’heure du dîner, chez l’aubergiste Jouve, il trouva sa valise et ses caisses d’échantillons sur le trottoir.

Sur le seuil, l’aubergiste qui l’attendait, lui dit d’un ton sévère:

—Je n’aime pas les traîtres. Je n’en reçois pas chez moi. Allez vous faire nourrir ailleurs.