—Mais il n’y a plus de courrier jusqu’à demain, et...
—Eh bien! dormez dans la rue.
Et Jouve lui ferma la porte au nez.
CHAPITRE XXXI
Comme quoi Maurin et Parlo-Soulet doivent être comparés, par les gens qui s’y connaissent, aux plus grandes figures de l’histoire et de la légende, et où l’on se convaincra que M. Cabissol a pénétré tous les dessous de l’âme populaire, en lui entendant raconter Le Bon conseil de maître Magaud, histoire à laquelle Maurin riposta par une autre non moins amusante: La Chasse aux canards.
Maurin avait tort d’accuser d’ingratitude les Plantouriens. Le maire du Plan-de-la-Tour était un esprit juste. Il parvint à calmer l’opinion publique, parce que, sans le dire trop haut, il trouvait assez raisonnable l’action de Maurin. Il temporisa, fit le sévère à haute voix, jura au garde qu’il saurait le faire respecter, assura à son adjoint que s’il s’était revêtu de ses insignes, Maurin se fût montré plus respectueux. Il rédigea de gros rapports menaçants, mais déclara qu’il les garderait pour les relire et les rendre plus terribles. Et finalement le Plan-de-la-Tour, aujourd’hui, pense avec une gaîté spirituelle à cette mémorable matinée où deux païens qu’il approuve, contraignirent saint Martin à se séparer enfin d’une moitié de son manteau.
Huit jours après l’aventure, on ne songeait plus à châtier le coupable. L’histoire était devenue simple matière à plaisanterie. Les plus dévots en riaient à pleine gorge. Ils taquinaient là-dessus le curé et le bedeau jusqu’à les emmalicer; et quant au garde champêtre, il en conserva le surnom pittoresque de Cuoù l’embaro, qui signifiait que son derrière trop lourd l’entraînait jusqu’à le faire choir sans autre cause.
Les gamins du village l’appelaient ainsi du plus loin, en sorte que de ce Cuoù l’embaro sortit plus d’un proucé-barbaoù, mot qui, en langue d’amour ou langue provençale, signifie procès-verbal.
L’histoire de la culotte de saint Martin devint célèbre en moins de deux jours d’un bout à l’autre du massif des Maures, car la diligence de Cogolin l’avait emportée le lendemain toute chaude à Draguignan. Les gens de Figanières s’en étaient régalés dès le surlendemain, et, à Bormes, M. Cabissol disait à M. Rinal: