M. Cabissol et M. Rinal échangèrent un regard d’intelligence; et le premier, continuant son récit:

—Un gros cheval, entre les brancards, suivait l’âne d’un air indolent.

«La charrette vide revenait du marché de la ville. Au beau milieu, assis sur une chaise, le charretier, propre, l’air cossu, fumait une pipe neuve toute blanche.

«Quand la charrette passa près de nous:

«—Adieu, Latrinque! fit Magaud.

«—Adieu, Magaud!» fit Latrinque.

«La charrette s’éloigna, nous cachant le petit âne et le cheval. Nous apercevions encore leurs jambes, par-dessous la charrette peinte en bleu, poudrée à blanc sur laquelle trônait Latrinque, sa pipe neuve aux dents, le regard flottant sur les vignes de tout le monde, dont il calculait le rapport.

—J’en connais, de ceux-là, interrompit Maurin, et plus d’un!

—Magaud jeta sa pioche sous l’ombre légère d’un olivier, avec un soupir de soulagement: «Ah! fit-il, je vais maintenant dire deux mots à mon fiasque!»

«Son carnier était pendu à une basse branche de l’olivier; il le décrocha, en tira pain, fromage, un oignon, et enfin du sel dans un étui de roseau coiffé d’un bouchon de liège; il posa à côté de lui son «fiasque», la bouteille plate revêtue de sparterie, et se mit en devoir de casser la croûte.