—Je le vois, dit M. Rinal.

—Alors, poursuivit M. Cabissol, il saisissait par l’extrémité le manche de bois horizontal, il le tirait à lui de bas en haut, et la force du levier détachait un gros bloc dentelé de cette terre semblable à de la rocaille. Cette motte à peine rejetée derrière lui, Magaud recommençait son mouvement toujours pareil, avançant d’un pas tous les quarts d’heure.

«Magaud, depuis le jour levé, exécutait cette monotone manœuvre où, parfois, il mettait de la colère.

«—Eh bien, lui dis-je passant par là, ça se fait-il?

«—Elle se refuse, la gueuse!»

«Elle, c’est la terre.

«—Alors, lui dis-je, c’est trop dur?

«—Quand ce n’est pas trop dur, répondit-il, c’est trop mou, et ça ne vaut pas mieux.»

«Sur la route, un bruit de charrette arrivait, grincement de bois et de ferraille. Je regardai derrière nous. Au tournant, là-bas, un petit âne apparut d’abord, entre deux traits de corde, tout lâches.

—Pardi! fit Maurin, un âne n’est pas une bête; à moins d’être tout seul, il tire le moins qu’il peut. C’est un mauvais socialiste, comme nous le sommes tous!