—C’est à moi que vous faites ce reproche? Voyons, mon cher monsieur Rinal, écoutez-moi bien, je suis sûr que vous pensez comme moi: Maurin, à mes yeux, représente la partie spirituelle de notre pays, l’âme populaire de nos campagnes. Il marche en avant, c’est un guide. Pastouré, lourd et sentimental, le suit et le suivra partout et toujours. Et, à eux deux, avec leur gaucherie, leur suffisance et leurs insuffisances (on n’est pas parfait), ils nous sauveraient,—ne fût-ce que par leur gaîté—de plus d’un chagrin national! Donc, les individus nommés Maurin et Pastouré méritent d’exciter mon enthousiasme et le vôtre, d’autant plus que,—j’en conviens,—chez beaucoup de nos paysans, la conscience est encore à l’état de nébuleuse...
—A la bonne heure! dit M. Rinal, mais j’étais en droit de vous demander une explication... Ah!... voici Maurin.
Maurin entra, serra les deux mains amies et s’assit modestement sur le bord d’une chaise.
—Au moment où vous êtes entré, mon brave Maurin, dit M. Cabissol, j’allais conter à M. Rinal une conversation que j’ai eue, l’autre matin, avec un paysan de ma connaissance, un nommé Magaud.
—Je ne le connais pas, dit Maurin.
—Nous vous écoutons, dit M. Rinal qui se renversa dans son fauteuil.
—Je commence, dit M. Cabissol. Cela pourrait s’intituler:
LE BON CONSEIL DE MAITRE MAGAUD
«Tout au bord de la route, maître Magaud, qui est un grand maigre, silencieusement bêchait, sous le soleil de midi.
«Sa chemise bleue, ouverte en triangle, laissait voir sa poitrine presque noire. Il soulevait par-dessus sa tête, d’un mouvement automatique, sa lourde pioche à deux dents, et, s’inclinant tout à coup, il la piquait à toute volée dans la terre dure, brusquement fendue.