—Pourvu que ça continue, pauvre toi! répondit Pastouré, mais j’ai bien peur que les gendarmes ne gagnent la belle contre nous deuss!

La Corsoise, assise près de son père, les regardait jouer.

—Belle demoisellette, lui dit Maurin, vous accepterez bien un verre de fenouillet, qué? parce que quand je gagne je régale!

«Et votre père, lui aussi, acceptera de trinquer avec nous?... Grivolas, un verre!

Mais Grivolas l’aubergiste ronflait sur sa chaise, le dos au mur.

—Margaride! cria Maurin.

La servante de l’aubergiste accourut. C’était une belle fille, à qui le gendarme Sandri faisait une cour peu honnête en attendant l’heureux jour où il pourrait devenir le légitime époux de Tonia la Corsoise.

—Margaride, dit Maurin, donne-nous quatre verres de fenouillet, et du meilleur.

—Deux verres suffiront, dit alors le père de la Corsoise. Vous devriez comprendre, maître Maurin, qu’un garde-forêts ne doit pas trinquer avec vous juste dans le moment où ses amis les gendarmes sont à votre poursuite. Vous voilà passé bandit. Et je devrais peut-être vous arrêter moi-même... Un Français du continent n’y aurait pas manqué à ma place. Tout ce que je peux faire pour vous, en ma qualité de Corse, c’est de me retirer comme si je ne vous connaissais pas... Allons, viens, Tonia, rentrons chez nous.

Et Orsini se retira avec sa fille qui souriait à Maurin.