«—Je te dis qu’il est mort, espèce d’âne!
«—Si tu me fais une farce, me dit Latrinque, nous réglerons la suite,—mais si tu as dit vérité, Magaud,—comme c’est toi qui m’as donné le conseil... et que l’héritage est beaucoup gros,—je te promets... vingt francs! tu entends bien? je te donnerai vingt francs, pas un liard de moins; et ça, je te le jure sur la tête de mes enfants et de ma pauvre mère qui est morte...»
«Magaud poussa un grand soupir. Sans doute, il exhalait, avec l’odeur de l’oignon, le regret de n’avoir pas été choisi par la Providence comme l’héritier du Canonge.
«—Et les vingt francs, monsieur,—vous me croirez si vous voulez... eh bien... il me les donna! trois jours après!»
«On sentait que ce trait d’honnêteté de Latrinque étonnait encore Magaud.
«Il remit lentement les débris de son pauvre repas dans le carnier qu’il suspendit à l’arbre, but une gorgée encore, posa, dans un creux du vieux tronc d’olivier, bien à l’ombre, sa bouteille presque vide et reprit sa pioche.
«Il revint au champ qu’il récavait, planta jusqu’aux chevilles, entre les mottes rougeâtres, ses souliers énormes, souleva par-dessus sa tête, d’un mouvement automatique, sa lourde pioche à deux dents, et, s’inclinant tout à coup, il la piqua à toute volée, dans la friche dure, qui brusquement se fendit.
«Alors, tout courbé, Magaud saisit par l’extrémité le manche de bois horizontal et, au moment de le tirer à lui, de bas en haut, il parla sans se relever:
«—Voilà pourquoi le fils de Latrinque, que vous venez de voir passer, est si fier sur sa çarette... il me dit encore bonzour quelquefois, oui, mais il ne m’aime guère.»
«Et Magaud conclut, avec le ton sourd de la sagesse qui vient des profondeurs: