«Alors je dis à Latrinque:

«—Etrangle tes poulets».

«Il les étrangla. Même il tordit le cou, avant la Noël, à deux dindes qu’il réservait pour la fête de Notre Seigneur. Tant et si bien qu’un jour où Latrinque travaillait au bout de sa vigne, en attendant mon aide, l’idée me prit, comme je l’allais rejoindre, d’entrer dans sa maison pour voir comment se portait le Canonge; j’allais comme qui dirait visiter les pièges. La table était encore mise, monsieur, avec une nappe, monsieur! des bouteilles de plusieurs grandeurs et beaucoup de côtelettes et aussi du poulet, et aussi du bœuf et du cochon rôti. Et devant la table, par terre, les bras ouverts en croix comme s’il priait, était couché sur le dos le Canonge, la figure toute maigre et le ventre en l’air, tout rond! Je le vis en entrant, mon Canonge, raide-mort, monsieur, raide-mort! son avarice l’avait tué, comme de juste—et comme je l’avais prévu. Je le tâtai, il était déjà froid.

«Alors, je courus vers Latrinque, jetant là ma pioche pour aller plus vite, perdant mon chapeau, et de bien loin, je lui criai:

«—Le Canonge est mort!

«—Le Canonge est mort?»

«Il ne voulait pas se le croire. On ne croit pas tout de suite à des fortunes de cent mille francs.

«—Oui, le Canonge est mort!»

«Alors, Latrinque, lui aussi, jeta sa pioche en l’air et il se mit à danser au soleil, comme un fou, au milieu des mottes dures. On eût dit qu’il foulait la vendange dans sa cuve, quoiqu’il dansât trop haut pour ça. Tout en un coup, il se mit à courir vers sa maison pour aller voir par lui-même si c’était bien vrai, mais une idée le prit en chemin; il s’arrêta près de moi, me mit le poing sous la figure, et me dit:

«—Tu te fiches de moi, preutrêtre?