«—Alors te voilà dans l’embarras!»
«Latrinque répondit:
«—Je ferais bien la chose, comme tu penses, si j’étais sûr que le vieux cheval crevât vite; mais le bougre a la peau dure et il est capable, si je consens, de ne plus vouloir mourir.
«—Alors, tu vas refuser!
«—Je me le pense. Mais, auparavant, j’ai voulu tout de même écouter ton conseil. Je calcule qu’un conseil de Magaud, c’est toujours bon à prendre.»
«Alors, je dis à Latrinque:
«—Oh! âne que toi tu es! prends le Canonge dans ta maison, et vite! et pas demain, mais ce soir même, de peur qu’un autre à ta place ne profite de la bonne chance. Ce vieux grigou vit des rognures qu’il vole aux poulets des voisins; ce vieux richard glane, aux moissons, dans les champs des autres, pour se faire, avec quatre épis, quelques boulettes de farine. Ça, je le lui ai vu faire moi-même. C’est maigre comme un clou perdu et rouillé. Alors, vois-tu, aux deux premiers bons repas, ça crèvera comme un sac usé. Prends-le donc chez toi et ne lui refuse rien. Mets sur ta table, tous les jours, des côtelettes, beaucoup, et du gigot, dont tu profiteras... Ah! si je pouvais être à ta place! Mais je suis seul, pechère! sans femme et sans argent; et je ne pourrais pas, comme toi, faire toutes ces avances... Fais comme je te dis, et en moins d’une semaine, il sera mûr, le ladre, pour le cimetière. Sur la nourriture qu’il ne payera pas il va tomber comme les sauterelles sur le blé en herbe. Il mourra de son avarice, et ce sera pain bénit.
«—Je te remercie du bon conseil, Magaud, me dit Latrinque en s’en allant, mais, vois-tu, faut de la prudence... et je n’irai pas si vite... Pas moins, je suivrai le bon conseil, mais je n’irai pas si vite!
«—Tu auras tort: réfléchis qu’il faut que la nourriture le surprenne!»
«Latrinque se mit à bien nourrir le Canonge, mais voilà que le Canonge se mit à engraisser!