«Je n’aime donc pas la chasse au canard. En voici pourtant une que je vous veux conter:
«Un chasseur de la ville rentrait chez lui, sans perdreau ni lièvre dans son sac, comme de juste, bredouille enfin. Il avait de belles guêtres, un carnier à filet, fermé par une couverture reluisante, poilue comme les malles du temps passé, mais il n’avait rien tué.
«Tout en un coup, comme il arrivait près d’une ferme, il aperçut, sur une petite mare, une famille de canards privés.
«A quelques pas de là, assis sur un tronc d’arbre, pas bien loin de la bastide, où personne d’autre ne se montrait ni aux portes ni aux fenêtres qui étaient fermées, un paysan fumait tranquillement sa pipe.
«—Brave homme! lui dit le chasseur, combien ça me coûterait-il pour tuer une de ces jolies bêtes qui ressemblent à des canards sauvages?
«—Va saï pas! je n’en sais rien, répondit l’homme en regardant à peine le chasseur et en haussant les épaules.
«—Quarante sous? ça serait-il assez payé?
«—Si vous voulez! dit l’homme qui fumait sa pipe.
«—Bon! se dit le chasseur, ça n’est vraiment pas cher.»
«Il posa quarante sous sur le tronc d’arbre qui servait de banc au paysan, ajusta son canard et le tua.