—Quand je t’aurai promis fidélité, alors, voui, tu seras ma femme! dit Maurin avec solennité.

La réponse était insolente, mais Tonia ne la releva point. Pourquoi? c’est qu’elle ne s’appartenait plus.

Voilà bien cinq heures qu’ils étaient ensemble! Le déjeuner du matin était oublié.

—J’ai faim, dit Maurin. C’est une chose beaucoup connue qu’il faut manger pour vivre. Allons faire chez l’ermite notre repas de midi; nous aurons là une table et une chaise, et du café bien chaud.

Le temps n’était plus aux paroles. Il leur fallait gagner en toute hâte la chapelle où ils arrivèrent vers midi. Et dans la chapelle, Tonia disait maintenant: «Sainte Vierge couronnée, ce n’est plus moi, mais lui qu’il faut convertir!»

Du haut de Notre-Dame-des-Anges, le sommet le plus élevé des Maures, le spectacle est magnifique.

A l’horizon, vers le sud, par delà le moutonnement des collines aux vagues de verdure, la mer bleue flamboyait, berçant à pleine houle les Iles d’or.

Pendant que Maurin enlevait soigneusement une épine de la patte de son chien, l’ermite, qui habite une cabane près de la chapelle, montrait les îles à Tonia:

—Et d’ici, disait-il, quand il fait beau temps, on voit même la Corse!... Tenez, tenez, la brume a fondu; voyez cette ligne là-bas, si mince, c’est elle, c’est la Corse!

—Un fameux pays! dit Tonia, où l’on sait ce que c’est qu’un serment, et ce que c’est qu’une vendetta.