—Vous la connaissez, la Corse?

—Je suis Corsoise, répondit-elle en regardant d’un air menaçant Maurin qui s’avançait.

Et Maurin saluant l’ermite:

—Bonjour, saint homme! fit-il. Vous voyez deux amoureux qui se contenteraient de votre bénédiction, si avec ça vous leur donniez la table et le couvert. J’ai des perdreaux au carnier; pour la salade nous comptons sur vous; pour les champignons aussi, et surtout pour le café chaud. Le café! dites-moi si on peut boire quelque chose de meilleur? Rien! Rien!

—Il y a à cela une raison, dit l’ermite, c’est que cette graine toute brûlée et par conséquent couleur de nègre fut apportée au berceau de Jésus par un des rois mages, celui qu’on nomme Gaspard, et qui était noir comme... l’âme de Simon.


CHAPITRE XXXVII

Où l’on verra que les habitants d’une bourgade prédestinée, appelée Gonfaron ou Gonfleron, en Provence, ont inventé la montgolfière, à la forme près.

L’ermite était un ancien valet de ferme, un fainéant venu on ne sait d’où, qui avait eu (comme tant d’autres en maint autre lieu) l’idée de s’affubler d’une méchante robe de bure, de se ceindre les reins d’une corde et d’attendre les pèlerins, dévots à Notre-Dame-des-Anges, pour tirer d’eux quelques petits profits.

Il habitait une cahute où il fit entrer les amoureux, et commença de préparer leur repas. Maurin tira de son sac deux perdreaux sur quatre qu’il avait gardés de sa chasse de la veille; et Tonia se mit à plumer, tandis que l’ermite allumait le feu et que Maurin taillait en brochette une tige de bruyère. L’une des extrémités se terminait en une double fourche, propre à maintenir, fixée à la brochette, la perdrix qui devait être suspendue verticalement par l’autre extrémité, au bout d’une cordelette, devant le feu de bruyère et de pignes.