«—Domine non sum dignus...»
«Drin, drelin, fit la clochette.
«—Domine non sum dignus... Je ne vois pas ma chienne. Est-ce qu’elle est avec les autres?
«—Oui, monsieur le curé, elle est dans le bois... drin, drelin, drelin...
«—Domine non sum dignus... Alor la lébr’ es foutudo! (alors la lièvre est... fichue!)
«—Amen! Drin, drelin, drelin, drelin! Amen!»
Tonia ne riait guère. Maurin, pour l’égayer un peu, voulut exciter l’ermite à conter d’autres galégeades.
—Elle est vieille comme le monde, ton histoire, lui dit-il. Mon père la tenait de son père qui la tenait du père Adam. Mais, dis-moi, depuis que j’existe (quoique mon père en connût beaucoup, de ces histoires drôles de notre pays), jamais je n’ai pu bien savoir pourquoi on dit toujours, en parlant de ce Gonfaron que l’on voit d’ici: «C’est le pays où les ânes volent!»
Gonfaron (où l’on est aussi bête que partout ailleurs et pas davantage, mais c’est bien assez) est au Var ce que Martigues est aux Bouches-du-Rhône, le pays béotien aux habitants duquel la malignité publique prête toutes les sottises. Et, chose curieuse, le Provençal, qui partout ailleurs aime tant la plaisanterie, même dirigée contre lui, se montre, dans ce pays-là, fort susceptible, et se refuse à rire de lui-même. Et si sérieusement vous lui demandez pourquoi, il répond: «Quand la plaisanterie est trop longue elle vous embête à la fin. Celle-ci date de toujours. C’est un peu de trop.» Cette opinion se peut soutenir.
—Ah! ah! dit l’ermite, tout le monde me la demande, l’histoire de l’âne de Gonfaron! et quand je ne serais ici que pour la conter, j’aurais eu bien raison de me faire ermite—car je prends deux sous pour la commencer.