Le maire et le garde se consultaient. Maurin continuait:

—Rien qu’en entendant mon nom de brave homme, les petits enfants d’ici, comme ceux de partout ailleurs, devraient me respecter! mais vous ne connaissez rien, sauvages! il vous faut des Parisiens, pechère! qui vous appelleront mocos sans vous mettre en colère parce que l’âne veut être bâté!... Allons, adieu, bonnes gens! Pour sûr, vous n’avez jamais eu d’ailes. Et je dirai partout qu’à Gonfaron les ânes ne volent pas. Oh! non!

Il s’éloigna sous les derniers cailloux des enfants intimidés, laissant derrière lui un peuple stupéfait, mais plein de désirs de vengeance.

Il gagna la plaine qu’il lui fallait traverser dans toute sa grande largeur pour regagner son royaume des Maures.

A peine fut-il hors du village, que le maire dit à tout le monde:

—Allez chercher chacun votre fusil et les femmes leur manche à balai, et nous lui ferons la conduite. Il faut qu’on le prenne et qu’on me le mette dans la prison.

Et se tournant vers le garde:

—Toi, bats le rappel sur la caisse pour assembler le monde et dis au curé de sonner le tocsin, comme pour le feu!

Ainsi fut fait, et quand tous, armés de bâtons et de fusils, et les enfants de leurs frondes, se furent ramassés au milieu de la place, au son d’un tambour sur lequel le garde exécutait des ran-tan-plan terribles, le maire dit aux enfants:

—A présent, montez au sommet du village (Gonfaron est bâti sur un mamelon) et de là-haut, vous verrez quelle direction il a prise, ce maòufatan! Et nous pourrons alors le joindre à coup sûr.