—Arrêtez-moi cet insolent! cria le tyran de village en se tournant vers son garde.
Le garde s’apprêta à obéir.
—Si tu touches au roi des Maures, dit Maurin, tu m’en diras des nouvelles!
Le garde s’était arrêté, comme changé en statue de sel.
La magie du nom fameux avait opéré sur lui, mais non sur le maire qui était un peu dévot et à qui on avait conté l’histoire de saint Martin; il cria:
—Ah! c’est toi le fameux Maurin? Arrêtez-moi ce mandrin-là! il paiera, en une fois, pour beaucoup d’autres histoires!
—Faites excuse, monsieur le maire, dit Maurin. Pour empêcher le désordre, je dois obéir et m’en aller, c’est sûr, encore que la place soit à tout le monde; mais pour ce qui est d’arrêter un Maurin, il faut plus d’un homme! Et d’hommes, ici, je calcule qu’il n’y a que moi!
—Je ne compte donc pas au moins pour un! cria le maire suffoqué. Et que suis-je donc?
—Ah! lui dit le garde respectueux, vous n’êtes pas un homme, puisque vous êtes le maire.
—Il ne peut donc compter que pour un âne, dit Maurin, car le maire d’un pays provençal où l’on ne comprend pas la plaisanterie n’est vraiment qu’un âne, et des gros! De la plaisanterie, si vous riiez les premiers, gens de Gonfaron, on vous laisserait tranquilles, mais ânes vous naissez, ânes vous mourrez! Qui naquit pointu ne meurt pas carré, et quand un peuple est bête il est bête par millions!... Ah! pauvre France!