—Caboufigue se présente! dit Maurin suffoqué d’étonnement. Ah! par exemple, celle-là elle empoisse!

—Il en a parlé; il n’est pas sans influence. Il est énormément riche; il a doté telle commune d’une fontaine Wallace, telle autre d’un buste de la République en fonte bronzée. Donc, il peut nous gêner beaucoup.

—Caboufigue se présente! murmurait Maurin stupéfait. Ah ben! ce n’est donc pas à Gonfaron seulement que les ânes veulent voler! Vous pouvez compter que je parlerai à Caboufigue.

«Nous avons été pauvres ensemble quand j’avais huit ans et qu’il en avait seize. Nous fûmes alors mousses sur le même bateau de pêche. Il bedonnait déjà, le porc! Nous nous roulions ensemble, à moitié nus, sur les plages de Cavalaire et du Lavandou. Depuis, il a fait fortune dans les mers lointaines, au diable; on dit qu’il a été roi chez les nègres; il s’est enrichi, je crois, dans les dents d’éléphants et dans les peaux humaines... Vous pouvez compter que je le verrai et que je lui dirai ce qu’il faut! Caboufigue député! Ah! non, je ne verrai pas ça! j’en ferais une maladie, misère de moi!

Il ajouta avec un accent d’ironie impayable:

—Qu’on le décore, passe! mais député, représentant du peuple! ah! non, pas ça! et j’en fais mon affaire!

Le lendemain matin, Maurin emprunta l’embarcation d’un de ses amis, pêcheur au Lavandou, pour se rendre à Porquerolles, l’une des îles d’Hyères. Il emportait son fusil et il avait Hercule avec lui.

Le vent était favorable. Il hissa la voile et se mit à la barre. L’embarcation, inclinée, la quille presque hors de l’eau, filait comme une mouette.

Jamais les chevaux des gendarmes ne pourraient suivre Maurin par ce chemin-là!

Maurin allait rendre visite à son vieux collègue Caboufigue.