... Et voilà pourquoi le procès-verbal du gendarme Alessandri fut très mal reçu à Toulon. Le sous-préfet de Toulon partit pour Draguignan afin d’en conférer avec le préfet... Le préfet se disait que persécuter Maurin sans de graves motifs, ce serait non seulement être l’ennemi de son propre plaisir, mais encore s’aliéner l’esprit de toutes les villes que maître Pons énumérait si couramment comme soumises à l’influence du Roi des Maures.

—C’est égal,—répétait à maître Pons M. le préfet, chaque fois qu’il le rencontrait,—ça m’étonne que vous ayez du gibier en Provence!

—Monsieur le préfet,—lui répondit un jour maître Pons, justement et respectueusement impatienté,—monsieur le préfet, interrogez les chapeliers du département: aucun n’est bien riche. Réfléchissez donc que tous feraient fortune chez nous, si l’on n’y chassait qu’à la casquette, car sur vingt mille habitants on compte douze mille chasseurs! Eh bien!—les casquettiers se plaignent.


CHAPITRE IV

Grâce aux renseignements de M. Désiré Cabissol, policier par amour du pittoresque, plus d’un lecteur trouvera amusant le présent chapitre.

Interrogé par M. le préfet, M. le commissaire central avait déclaré qu’il ne savait sur le personnage que ce qu’en disait partout la rumeur publique: un chasseur sans pareil, coureur des bois et coureur de femmes, mais électeur influent dans trente communes.

—Pour des détails, poursuivit-il, si monsieur le préfet en souhaite, M. Désiré lui en donnera. Monsieur le préfet a-t-il déjà entendu parler de M. Désiré Cabissol?

—Pas du tout.

—Eh bien, M. Désiré est un curieux des choses de la police, et qui nous rend parfois des services appréciables. M. Désiré Cabissol, fils d’un richissime épicier de Marseille, est avocat et même docteur en droit, mais il vit de ses rentes; il a une fort belle résidence aux environs de Fréjus, mais il n’y séjourne guère; il se déplace sans cesse, et n’est pas plutôt dans une localité nouvelle qu’il y connaît tout le monde et sait par cœur les moindres commérages dont il a le talent d’extraire la vérité. M. Désiré n’oublie jamais rien. Grand chasseur, la chasse lui est un prétexte à vivre quelque temps dans les plus petits hameaux, logé chez l’habitant qu’il paie bien et dont il se fait aimer, étant aimable. M. Désiré connaît toutes les affaires privées et publiques du département.