Cette crique est assez éloignée de l’habitation du comte de Siblas qui se trouve à l’ouest de Port-Cros.

Devant Maurin s’ouvrait une ravissante petite vallée. Sur le mamelon de gauche, des genêts épineux.

Au fond de la mignonne vallée, quelques vignes.

Des figuiers sur la pente de droite, et, partout, des pins d’Alep ou pins blancs.

Les îles d’or sont des fragments des Maures, séparés par un large bras de mer du massif auquel elles appartiennent.

Il regarda attentivement son terrain de chasse, et, de son œil de braconnier, autant dire d’aigle, il aperçut deux choses.

Premièrement, à trente pas, à sa droite, sous la dernière vigne de la rangée, un faisan surpris par le bruit de son arrivée, à demi rasé, le cou tendu, se dérobait vivement, à longues enjambées. Deuxièmement, à sa gauche, au-dessus des genêts, dans un massif où ils se croyaient bien cachés, veillaient deux gendarmes. Le fin sommet de leurs chapeaux faisait tache brune sur la verdure des pins qui s’étageaient derrière eux. Maurin allait entrer dans une souricière! Il se mit à rire tout bas.

Qu’il n’eût pas vu les gendarmes, et il était arrêté. Il devinait très bien leur plan qui était de le laisser s’engager dans l’île et de lui couper ensuite toute retraite vers son embarcation. Son parti fut pris sur-le-champ. Il donna, d’un geste large et silencieux, l’ordre à Hercule de décrire une courbe qui, selon toute probabilité, devait mettre le faisan entre son chien et lui, et il attendit, sans perdre de vue, du coin de l’œil, la double petite tache sombre que faisait, au milieu des genêts clairs, le chapeau des gendarmes à l’affût.

Chasseur chassé, Maurin observait à la fois ses chasseurs et son chien. Il perdait de vue à tout moment, puis retrouvait, entre deux troncs de pins, la queue expressive d’Hercule. Tout à coup le chien pointa. Il y eut comme deux faux arrêts, puis un arrêt ferme. C’était le moment. Comme Maurin l’avait espéré, le faisan n’était pas très loin de l’endroit où il l’avait aperçu. L’oiseau à peine entré sous le couvert n’avait plus bougé. Il allait s’enlever à bonne portée. «Bourre!» Maurin tira. Le faisan, qui montait en chandelle, retomba aussitôt sur le nez d’Hercule qui, le gibier aux dents, bondit vers son maître. Les gendarmes accouraient. Ils dévalaient bon train, faisant rouler sous leurs pieds ferrés les pierres sonores...

Maurin repartait dans sa barque, et son chien déjà y était entré. Les gendarmes firent une petite halte: