—Arrêtez, Maurin!
—Pas tant bête! leur cria-t-il.
—Au nom de la loi, arrêtez! dit l’un.
—Avez-vous la permission de chasser dans l’île? dit l’autre.
—La permission je l’ai sous ma semelle, quand j’y suis, dans l’île! Et au bout de mes avirons, quand je la quitte.
Les deux gendarmes reprirent leur course. Maurin, de l’aviron manœuvré comme une gaffe, repoussait le fond de sable et de cailloux. La barque se dégageait, flottait, s’éloignait un peu.
A ce moment, devant les gendarmes stupéfaits, deux faisans s’enlevaient à grand bruit, montant verticalement d’abord, puis, prenant un parti, s’envolaient pour décrire au-dessus de la mer une grande courbe qui devait les ramener sur un autre point de l’île. Et il arriva qu’ils passèrent à bonne portée du fusil de Maurin... Coup double... Ils tombèrent tous deux... La barque filait... Le braconnier s’inclina par-dessus bord et les ayant cueillis sur l’eau, il les jeta au fond du bateau où gisait le premier sous la garde d’Hercule. Alors, il cria aux gendarmes, debout là-bas sur la colline, véritables statues de l’autorité impuissante:
—Pour ceux-là, vous n’avez rien à dire; la mer n’a pas de propriétaire: zibier d’eau!
Sandri et son compagnon ne disaient rien en effet. Le désespoir entrait dans l’âme du beau gendarme. Mais Sandri et son compagnon avaient une chance de revanche. Le comte de Siblas, averti par eux, et très curieux de connaître le fameux braconnier des Maures, avait annoncé qu’avec son yacht il surveillerait les points abordables de l’île.
La barque s’éloignait doucement; Maurin faisait mouvoir avec lenteur ses avirons dans l’eau calme. Il s’arrêta, mit ses mains en porte-voix et cria encore: