—S’il était un vrai gibier, ce Maurin, on ne lui donnerait pas plus souvent la chasse, mais des chasseurs qui chasseraient un gibier comme le font ces gendarmes (que le tron de Dieu les brûle!) ça serait des chasseurs de la ville, des chasseurs de rien, des chasseurs de ma tante, des chasseurs de carton, des phénomènes de chasseurs, de ceux qui ont des costumes de chasseur et toutes les armes nouvelles et toutes les poudres nouvelles et tous les nouveaux systèmes de tout, mais qui sont adroits comme mon soulier.

«Et de ce que je viens de dire là je demande pardon à mon soulier, qui, dans l’occasion, ne manquerait pas le derrière qui mériterait que mon soulier l’amire (le vise). Pour ce qui est de dire d’attraper au vol un cheval ou un âne, l’âne des Gonfaronnais, puisque c’est celui-là qui vole, jamais un de ces chasseurs si bien arnisqués (harnachés) ne l’attraperait, quand cet âne ou ce bœuf serait gros comme une maison.

«Ils manqueraient, ces chasseurs-là, un bœuf dans un corridor! Dans un corridor, ils le manqueraient, un bœuf! Et pareillement Maurin, les gendarmes le manqueront toujours! Quand ils l’auraient entre les mains, il leur fondrait comme du beurre ou leur coulerait entre les doigts comme un lapin qui se peigne le poil entre deux touffes de gineste!...

«Et maintenant, je crois que mon lapin est cuit, et même il sent bon, le camarade!

«Mais j’en reviens à mon idée: pourquoi le chasse-t-on, cet homme? Pourquoi? Toujours pour du bien qu’il fait! Quand il a dit, pour la Saint-Martin, à tout ce peuple qui se régalait de la misère d’un misérable, qu’ils étaient des sauvages, n’avait-il pas raison? Foi de Pastouré, raison il avait!

«Quand il a dit aux Gonfaronnais: «Vous me regardez comme si vous voyiez voler un âne», pourquoi se fâchaient-ils, ces gens, puisque le rôle de l’âne c’est pour lui-même qu’il le prenait, et puisque il les traitait eux, conséquemment, comme des chrétiens?

«Et quoi encore?

«Quand il a pris les chevaux des gendarmes pour faire leur service et arrêter des voleurs au nom de la loi, il avait encore raison, raison mille et un coups, raison, je vous dis. Et je me ferais piler pour le dire. Alors? alors, je vous le dis comme je le calcule: il y a quelque chose de mal arrangé dans les affaires du monde, et le pauvre bougre a toujours tort.

«Faites du bien au peuple, on vous fait la chamade. Dites-lui la vérité, on vous fait la chamade. Sainte Vierge, je ris, ça me fait beaucoup rire. Coïons nous sommes, coïons nous resterons. Il leur faudrait un de ces Napoléon qui leur mettrait le pointu de la baïonnette à l’endroit par où ils gonflent leur âne!

«O misère de moi!