«—Oui.

«—Et où vas-tu?

«—Je vais à Paris.»

«Il partit, son fusil au dos, son chien sur ses talons, tuant chaque jour de quoi payer l’auberge. Le vingt-cinquième jour il était à Paris où, par l’intermédiaire d’un député du Var, homme d’esprit, il demanda une audience au ministre de l’Intérieur. Le ministre, sur le portrait que le député lui fit de Maurin, le reçut dès le lendemain. J’ai entendu Maurin et j’ai aussi entendu le ministre conter l’entrevue. Les deux récits concordaient.

«Maurin, dans son costume de chemineau chasseur, à peine entré dans le cabinet du ministre qui le reçut debout, commença ainsi:

«—Avec votre permission, monsieur le ministre, je prendrais bien une chaise—pourquoi je suis un peu fatigué étant venu à pied de Cogolin, comme mon chien pourrait vous le dire, mais je l’ai laissé à l’auberge—pourquoi il est encore plus fatigué que moi...»

«Le ministre se mit à rire et lui désigna un fauteuil. Maurin prit une chaise, puis exposa son affaire et conclut ainsi:

«—Je suis un citoyen, monsieur le ministre, et je tiens à le rester. J’ai fait mon service à la marine, j’ai fait mon devoir et je ne comprends qu’une chose: c’est qu’alors j’ai droit à mon droit. Ça m’a beaucoup dérangé, croyez-le, de venir vous voir à pied. C’est un peu loin, ça prend du temps, mais je suis venu. Seulement, d’autres sont dans le même cas qui ne viendront pas, rapport à la distance, et, du même coup, je vous les recommande. Dites à vos maires de suivre les lois, noum dé pas Dioù! nous sommes en France, preutrêtre!»

«Hélas! toutes les fois qu’on vous contera une saillie de Maurin, ce qu’on ne pourra vous rendre, c’est l’accent, l’inimitable accent. L’accent de Maurin, c’est une musique qui ajoute un sens; un commentaire à ses moindres paroles. La vie de Maurin est un opéra dont vous n’aurez jamais que le libretto.

«Le ministre, lui, entendit et les paroles et la musique. Il riait de bon cœur. Il serra la main de Maurin et le fit rapatrier avec des éloges.