«—Donnez-moi l’enfant, dès qu’il naîtra, maître un tel. Puisque vous savez les choses, il est juste que je prenne l’enfant à ma charge.»
Il reconnut la petite, en effet. Rien n’était moins légal puisque la naissance de l’enfant ne fut pas déclarée par le mari, mais l’opinion publique approuva. Nul ne dénonça l’arrangement aux magistrats. Et la mère fut bien contente de donner sa fille au vrai père. Jusqu’à l’âge de dix ans, la mère de Maurin éleva la petite, légalement fille de mère inconnue et de Maurin des Maures, en dépit de la formule: «Is pater est quem nuptiæ...» Voilà le don Juan des bois. Convenez qu’il est sympathique.
—Il est surprenant, dit le préfet.
—Surtout si vous songez que, chez les paysans, l’idée d’intérêt passe pour primer toutes les autres,—l’acte de Maurin devient superbe.
—Où est cette fille, à présent?
—La petite Maurin est servante chez des bourgeois de Grimaud. Elle y a appris la couture et les bonnes manières; elle est en train de devenir une sorte de demoiselle de compagnie. Or l’état de domestique semble déshonorant à nos Méridionaux en général; mais Maurin proteste, disant que tout le monde est au service de tout le monde. Il ajoute: «Mon chien est mon domestique et mon ami, et je suis le domestique et l’ami de mon chien. Et ça me fait honneur!»
—Et vous dites qu’il a, de plus, un tout jeune fils, votre Maurin des Maures?
—Oui, le petit Bernard, qui vit chez la mère de Maurin ou qui, du moins, s’y trouvait encore il y a quinze jours. Il a onze ans. Il est né d’une fille de cantonnier. Oh! une histoire toute simple... Vous voyez que notre don Juan n’est pas de l’école de Jean-Jacques.
—Trois enfants, c’est peu, dit le préfet. La France se dépeuple. Maurin n’aura pas la prime.
—Trois enfants avérés! dit M. Cabissol. D’ailleurs la vie est chère et dure. Les bourgeois les plus aisés sont moins prolifiques et, par conséquent, moins courageux que Maurin.