Se taire d’abord et réfléchir, mais réfléchir un peu vite et prendre un parti au plus tôt.

Adonc, Pitalugue réfléchissait, immobile, les deux mains serrant, d’émotion, les manchons de l’araire, derrière son vieux cheval.

Qu’heureusement il y avait du vent, et pas de mouches!—pourquoi, s’il y en avait eu, des mouches, le cheval, en les chassant du pied, aurait peut-être fait du bruit à réveiller la lièvre.

Elle dormait comme un plomb, pechère!

Alors, Pitalugue se pensa: «Si je voyais là-bas quelqu’un de mes enfants, je lui ferais signe de m’apporter le fusil, mais je n’en vois pas. Quand on laboure, on devrait toujours être armé!...»

Pitalugue avait laissé son araire en plan, il avançait à pas silencieux vers la bête endormie.

Voici ce qu’il comptait faire:

Arrivé près de la lièvre, quand il l’aurait presque à ses pieds, il se baisserait tout doucement, puis, d’un coup, laisserait tomber tout son corps de tout son poids sur elle, comme tombe la lourde pierre d’un quatre de chiffre... il l’écraserait ainsi sous sa lourde poitrine, car sans cela, de la prendre tout bonnement avec la main comme on cueille la figue à la figuière, il n’y fallait pas songer. C’est fort, une lièvre.

Donc, c’était décidé, il allait faire, de tout son corps, une pierre de lesque. Et malgré cela, en se détendant et se débattant, elle saurait peut-être se faire lâcher!

Il approcha, approcha. La lièvre ne s’éveilla point. Quelle lièvre, mon ami! un petit âne d’Alger!... Pitalugue jeta encore un regard vers sa bastide: personne.