—C’est égal, dit Maurin, elle est forte celle-là! On a bien raison de dire que, même quand il est dans le carnier, le gibier n’est pas encore au chasseur. On ne le tient bien qu’au bout de la fourchette.
Les auditeurs de Maurin s’attardèrent un moment à commenter l’aventure, s’égayant à l’idée de l’étonnement du gendarme.
Ce soir-là, les histoires de chasse défrayèrent seules la conversation, et M. Cabissol ayant émis cette opinion que, par avarice, tout paysan qui a pris un lièvre en fraude se ferait tuer plutôt que de l’abandonner aux gendarmes, comme l’avait fait Maurin, celui-ci s’indigna:
—Vous connaissez bien des choses, monsieur Cabissol, et j’ai bien du respect pour vous, mais si vous pensez cela, alors, c’est que vous ne connaissez pas mon peuple. Tenez, le printemps dernier, voici ce qui est arrivé à Pitalugue.
Et Maurin poursuivit ainsi:
LA LIÈVRE DE JUIN
Pitalugue labourait son champ, dans la plaine au-dessous de Bormes.
Tout en un coup, tirant sur les brides de corde, il arrêta doucement et en silence son cheval et, les yeux écarquillés et fixes, il regarda attentivement un creux de sillon dans son labour de la veille, à vingt pas devant lui, à sa main droite, sous le vent.
Voyons, il ne se trompait pas: cette espèce de paquet gris et rougeâtre qui ne remuait pas, c’était une lièvre. Elle dormait. Nom dé pas Diou, qué lèbre!... Une chose grosse comme un gros chien, mon ami!
Que faire pour l’avoir?