—Ce n’est pas possible! je ne le crois pas, dit-elle, épouvantée quand même. Maurin se méfiait trop... Un Grondard ne tue pas comme cela un Maurin, même par surprise!
—Si, si! confirma le cantinier du Don qui accourait chez Orsini. Ce n’est que trop véritable. Maurin était, cette nuit même, à l’affût des sangliers et il venait de décharger son fusil de ses deux coups, quand, désarmé comme il l’était, et assis dans son étroite cabane de branchages, il fut attaqué par Grondard.
—Mais comment le sait-on?
—Il paraît que cette brute de charbonnier se vante de son coup.
«Il est fier d’avoir su profiter du moment où Maurin était empêché dans les broussailles sous le couvert bas de sa cabane d’affût. Maurin voyant, au clair de la lune, à travers les branchages qui formaient sa cabane, luire et s’avancer contre sa poitrine la longue canardière de Grondard, la saisit à pleines mains. Alors Grondard tira. Il paraît que Maurin en tombant a poussé un cri de lion. Si bien que son assassin s’est mis à fuir comme si notre pauvre Maurin eut été encore vivant, pechère! et capable de se revancher!
Tonia s’était évanouie.
Quand Pastouré raconta ces choses, le soir même, chez M. Rinal,—Cabissol, ému d’abord, répondit après un silence:
—Cela me semble impossible; je ne peux pas admettre que Maurin soit mort ainsi! d’une façon si contraire à son caractère, à la logique de sa vie. Un Maurin ne se laisse pas surprendre par un Grondard. Il l’entend venir, il le déjoue.
—Vous oubliez que plus d’une parmi de très illustres existences s’est terminée par l’accident ou par l’assassinat, répondit tristement M. Rinal.
—Les accidents sont logiques la plupart du temps, s’écria Cabissol, ils arrivent à ceux qui les attirent. Quant à l’assassinat, il ne réussit jamais avec un Napoléon! Oui, oui, il y a des hommes plus grands que la destinée. Et Maurin était de ceux-là. Maurin n’est pas mort!