—Vous oubliez que Maurin n’est pas un personnage de roman. Et quand il ne serait pas autre chose, pourquoi son histoire ne se terminerait-elle pas au plus beau moment? en vertu de quelle esthétique? Si le roman doit peindre la vie telle qu’elle est, il doit pouvoir s’interrompre brusquement. Et quant à la vie elle-même, elle n’a cure des procédés du romancier!
M. Cabissol protesta:
—Rien ne m’ôtera de l’idée qu’il n’est pas mort. Il a trouvé son île d’Elbe, voilà tout; il reviendra, ne fût-ce que pour cent jours.
Il y eut un silence:
—Je l’aimais, cet homme-là, ajouta-t-il.
—Et moi donc! dit M. Rinal que l’émotion gagnait de plus en plus.
—S’il était mort, grogna Pastouré, quelque chose me le dirait!
—Voyez-vous, dit Cabissol, sentiment à part, la mort de Maurin me laisserait aujourd’hui l’impression d’une belle destinée interrompue avant l’heure... Et, à propos, savez-vous que Jean d’Auriol...?
—Quel Jean d’Auriol?
—Le licencié en droit, Jean, le frère de Paul et de Pierre.