—Bon. Et qu’alliez-vous nous dire de lui?
—Je devais vous l’amener un de ces jours; c’est une surprise que je voulais vous faire. Il a commencé, sur mes instances, une sorte de biographie de Maurin des Maures, une manière de roman tout coupé d’anecdotes et de récits, sur le ton de nos contes populaires... La mort de Maurin va le consterner; il rêvait pour son héros une longue suite d’aventures... Depuis quelque temps je lui envoyais journellement des notes... Il m’écrivait hier: «Si Maurin laisse le gendarme épouser la Corsoise, le roman se terminera fort mal.»
—Il me semble, dit M. Rinal, qu’un romancier a le droit et presque le devoir d’imaginer au moins un dénouement. Votre d’Auriol n’est-il qu’un réaliste?
—J’ai donc eu tort, dit M. Cabissol, de me servir du mot roman. Jean d’Auriol voudrait être l’historiographe de Maurin; il le connaît fort bien, lui aussi, et l’aime beaucoup; il prétend avec moi que son histoire jusqu’ici est expressive de tout un aspect du caractère méridional... le côté jovial et gouailleur.
—Hélas! soupira M. Rinal, il est probable que si Maurin venait à mourir en ce moment, la belle Tonia se consolerait avec Sandri!
—Noum dé pas Díou! s’écria Pastouré,—j’aimerais mieux l’épouser moi-même, bien que j’aie pris les femmes à l’ŏdi (en horreur) plutôt que de la laisser à ce gendarme de carton!
Il y eut encore un assez long silence.
—Voyez-vous, dit M. Rinal, il est bien probable que, par des moyens que j’ignore et pour une raison qui nous échappe, Maurin aura jugé bon, tout à coup, de faire courir le bruit de sa mort!
—Vous devez être sorcier, mon brave M. Rinal, dit Pastouré, je mettrais ma main au feu que les choses sont comme ça et pas autrement... Allons, adieu... que je vais aux nouvelles!
—Et où cela, mon bon Pastouré?