«—Celle-ci va téter le cochonnet (s’arrêter tout contre le but).

«—Fameux coup, celui-là!

«—Ah çà! vaï! un coup de sant Estròpi! (un coup de saint Maladroit!)»

«Que voulez-vous, conclut Cabissol, ces mœurs-là m’enchantent, moi... Se mettre en grève pour jouer aux boules! Ah! ce n’est pas un pays de misère que le nôtre! Vous voyez donc pourquoi et comment on aime ici la pluie ou, si vous voulez, comment et pourquoi on la déteste.

—Et, dit le préfet, que pensèrent les entrepreneurs de la conduite de leurs braves maçons?

—L’entrepreneur, étant du pays, trouva la chose naturelle, mais mon ami Larroi, le Lyonnais, déclara qu’il n’acceptait pas cette façon de travailler, vu que si cela se renouvelait, sa villa ne serait pas construite avant dix ans (ce qui prouve que l’exagération n’est pas dans le caractère des seuls Méridionaux!)—et il exigea assez sottement que le maître-maçon lui envoyât d’autres ouvriers...

—Qu’arriva-t-il ensuite? dit le préfet souriant.

—Ah! vous voulez toute la suite de l’aventure? Je vous préviens qu’elle s’est prolongée singulièrement.

—Allez toujours.

—Eh bien, il arriva une grève. Tous les maçons de la région abandonnèrent leurs travaux, il n’y eut bientôt plus assez de boules à Aiguebelle ni dans les communes environnantes, tous les grévistes de nos campagnes étant boulomanes.