—Et quels étaient leurs desiderata?

—Voici. Le chef des grévistes, Darboux, alla trouver le patron:

«—Nous avons commencé la villa du Lyonnais, lui dit-il, c’est nous qui l’achèverons. Vouastré Lyouné ès un couyoun; ùn home qui coumpren pas nouastré caratéro. (Votre Lyonnais est un... âne; un homme qui ne comprend pas notre caratère.) Il ne peut pas, à cause d’une galégeade, ruiner le pays, voyons! Ouvrez-lui la comprenure, à cet «étranger du dehors»!

«Darboux avait raison. Mais mon ami Larroi était un homme têtu; il ne voulait rien entendre, il ne parlait de rien moins que de quitter Aiguebelle à tout jamais. J’allai le voir pour tenter d’arranger les choses. Elles s’étaient singulièrement gâtées.

«Quand j’arrivai, cinq mille Aiguebellois (la moitié de la population d’Aiguebelle) entouraient la maison de campagne que Larroi avait louée en attendant que sa villa fût construite.

«Des plaisanteries la foule passa bientôt aux menaces. Tous les joueurs de boules, c’est-à-dire tous les grévistes, étaient là, leurs boules ferrées (de vrais boulets) dans les mains. On commençait à les lancer dans les vitres.

«—Toi qui prétends les comprendre, va leur parler, me dit Larroi. Explique-leur que je suis libre de quitter le pays et que je le quitterai: c’est mon dernier mot.»

«Je descendis, je me présentai à la foule menaçante. Malheureusement je n’étais pas encore très connu à Aiguebelle en ce temps-là.

«—Mes amis, un peu de silence! m’écriai-je en montant sur une chaise que j’avais apportée. Je viens vous donner des explications après lesquelles, je l’espère, chacun de vous rentrera chez soi, car voici que le jour finit et il se fait temps d’aller souper.

«—Quès aqueoù couyoun qué parlo?—c’est-à-dire: quel est cet âne qui brait?»—cria une voix.