—Tiens! il pleut! dit le préfet.

—Il pleut? dit M. Cabissol. Eh bien, je parie que des Arcs à Draguignan, nous ne verrons pas âme qui vive dans les champs ni sur les routes... Et à propos de pluie, poursuivit-il, j’oubliais de vous conter mon récent pèlerinage à Sant-Estròpi.

—Où est cela?

—Pas très loin de Figanières. J’y suis allé l’autre jour. Et voici ce que j’ai vu et entendu...

«Sant-Estròpi est le nom d’un quartier rural de la commune de Figanières. La chapelle de saint Estròpi, patron des joueurs de boules maladroits, dépend du château qui porte le même nom, et qui appartient à mes vieux amis Boujarelle. Devant le château, au flanc de la colline, s’étend une terrasse spacieuse qui domine magnifiquement une petite vallée. La chapelle fait face au château, à l’autre bout de la terrasse.

«Or, de tous temps, les propriétaires de cette vieille demeure ont permis aux habitants du quartier et des communes environnantes de fêter saint Estròpi dans la chapelle comme aussi sur la terrasse où s’installent quatre ou cinq roulottes de forains, vire-vire, tir à l’arbalète, jeux de massacre, etc. Et dans la chapelle un curé du voisinage vient dire la messe.

«J’étais invité, il y a huit jours, à ces réjouissances; j’y allai.

«Malheureusement, une pluie légère ayant commencé, la veille de Sant-Estròpi, à asperger nos routes, personne, sauf le curé, ne se rendit à la messe.

«Seuls les châtelains—au nombre de trois—leurs trois fermiers et votre serviteur, y assistèrent. Nous étions sept, neuf en comptant le curé et le petit garçon qui tenait la clochette et répliquait amen aux bons endroits.

«Vous voyez d’ici la vieille chapelle délabrée, aux murs nus, et dont la haute et large porte fut fermée à cause du vent... Dès que la pluie avait cessé, un vent assez fort s’était élevé.