Maurin eut de nouveau un gros rire.

—Je suis tombé ici, dit-il, comme une pierre dans un marais, donc! que les grenouilles ne disent plus rien?

Le beau gendarme grommela sottement:

—Grenouilles! grenouilles! parlez pour vous, camarade!

Il ne fallait jamais agacer Maurin. Il avait la superbe d’un chef, et la susceptibilité d’un solitaire que rien ne vient heurter à l’ordinaire.

De plus, en présence d’une femme qui ne lui déplaisait pas, jamais Maurin n’eût «laissé le dernier» (le dernier mot) à qui que ce fût. En pareil cas, ce mâle devenait terrible, à la manière de tous les fauves.

—J’ai dit: «grenouilles»! gronda Maurin, vous faisiez dans cette salle un tapage de grenouilles! et vous vous taisez comme des grenouilles dans le marais, depuis que j’ai fermé cette porte. Je l’ai fermée pas pour vous, mais seulement pour plaire à la demoiselle... Et vous vous taisez, je dis, comme des Grenouilles!—Il enflait le mot.—Voilà ce que j’ai dit. Et la gendarmerie ne peut pas y changer une parole. Ça, elle ne peut pas le faire, la gendarmerie!...

La gendarmerie ne peut pas non plus verbaliser contre une phrase inoffensive, après tout, comme celle que Maurin avait prononcée.

Le gendarme, vexé, se tut. La Corsoise, sympathique à Maurin, souriait.

Les Corses, race héroïque, sont ou gendarmes ou bandits. Le père de la Corsoise était fils d’un célèbre bandit corse.