«—C’est pourquoi, mes très chers frères, c’est pourquoi mon âme s’écrie: «Honte! trois fois honte! six fois et sept fois honte sur ceux qui ne sont pas venus, quand il leur était si facile de venir même sans être mouillés,—puisqu’ils n’avaient pour cela qu’à prendre un parapluie. Honte cent fois, mille fois honte sur ceux qui pouvant prendre un parapluie... n’ont pas pris de parapluie... Mais en revanche et pour la consolation de mon âme, gloire à ceux qui ont eu l’idée—bien simple, d’affronter les intempéries de la saison, afin de fêter notre grand saint! Trois fois gloire, gloire six et sept fois, cent fois et mille fois gloire à ceux qui sont venus, avec ou sans parapluie! Que ceux-là soient bénis. Ainsi soit-il.»

«Le bon curé quitta le ton oratoire pour dire avec beaucoup de simplicité:

«—Maintenant, mes très chers frères, nous allons comme tous les ans faire, au dehors, sur la terrasse, une petite procession, afin d’attirer, par nos prières et nos hymnes pieux, les bénédictions de notre saint vénéré sur les fruits de la terre et les travaux des champs.»

«Le petit clion (clerc, servant) nous distribua des cierges vite allumés et, à la file indienne (je marchais le premier derrière le curé), nous nous acheminâmes vers la porte de la chapelle, que le curé ouvrit péniblement.

«Quand elle fut ouverte, nous pûmes tous voir que les platanes de la terrasse étaient humides... Il tombait une pluie imperceptible, jolie sur les feuilles comme rosée au soleil.

«Le bon curé recula, terrifié:

«—Ah! sapristi! fit-il, il pleut encore! je crois que nous ferons bien de prier dans la chapelle. Sant Estròpi nous pardonnera.»

—Draguignan! tout le monde descend! cria d’un ton terrible, sur le trottoir de la gare, un homme d’équipe à la voix de bronze.


CHAPITRE XIV