Ils disposèrent leurs chasseurs en conséquence. Il y en avait bien une cinquantaine, qui furent disséminés dans la montagne, sur tous les points où pouvaient passer les fauves. Tous les passages étant gardés, il fallait qu’un des chasseurs au moins vît et pût tirer les sangliers.
En arrivant sur le terrain de chasse, Maurin, suivi de Pastouré muet comme une carpe, avait tout de suite pris les allures d’un chef à qui tout le monde doit obéir. Il disait au général:
—Vous, restez là, derrière ce rocher, et ne bougez pas. Et silence!... Et surtout ne fumez pas.
Il disait au préfet d’une voix basse:
—Vous, venez avec moi. Vous aurez un des meilleurs postes... Tout le monde ne peut pas avoir les bons.
Tonia admirait beaucoup ce grand gaillard vêtu de toile, guêtré de toiles et de ficelles, chaussé de cordes, coiffé d’une loque et qui, avec une belle aisance, donnait des ordres à l’inspecteur des forêts si fier dans son uniforme.
—Vous, placez-vous ici! Et vous avez entendu la recommandation que j’ai faite au général, hé? Pas de cigare, pourquoi les sangliers nous éventeraient. C’est que... ça a du nez... Au revoir!
C’est sur ce même ton qu’il sépara brusquement Tonia de son père. Tonia, lorsqu’elle était toute petite, avait voulu apprendre à tirer la carabine. Et son père, jugeant que, lorsqu’il la laissait seule à la maison, au milieu des bois, cela pourrait lui être fort utile, lui avait enseigné lui-même le maniement d’une arme à feu. Elle tirait assez bien.
—Vous, la jolie fille, dit Maurin, il vous faut un poste à part, où les sangliers passeront pour sûr, mais où vous n’aurez pas à vous occuper des autres chasseurs, ni pour éviter vous-même leur coup de fusil, ni pour éviter de leur envoyer le vôtre.
Il arrive, en effet, qu’en ces montagnes très accidentées, les chasseurs, qui se croient postés très loin les uns des autres, se trouvent, à vol d’oiseau, très voisins, bien qu’ils aient marché beaucoup, après s’être séparés, pour gagner leurs diverses embuscades.