PRÉFACE[1]
[1] Cette préface est celle de l’édition spéciale (in-8o) souscrite par le Cercle Artistique de Marseille. Elle ne figure ni dans la première, ni dans la deuxième édition.
Nous pourrions inscrire en tête de ce poème la formule suivante : « Lu, pour la première fois, le 13 février 1880 », comme on indique, sous le titre d’un drame, la date de la première représentation. L’auteur a donné en effet, avant la publication, une lecture de Miette et Noré, devant Les représentants de la presse étrangère et française, dans le salon de madame Edmond Adam (Juliette Lamber).
M. Jean Aicard prit ainsi la parole :
« Je remercie, dès le début, madame Adam qui a bien voulu offrir ses salons et son appui pour une tentative d’action littéraire que nous avons appelée LA PREMIÈRE D’UN LIVRE, le mot lecture étant sous-entendu, comme au théâtre le mot représentation.
Ceux qui aiment le Livre s’attristent un peu du demi-oubli où le laisse l’activité contemporaine quand il ne s’appelle pas le Roman. Ceux qui aiment la Poésie s’attristent de l’oubli où on la laisse quand elle ne s’appelle pas le Théâtre.
Au théâtre comme au salon de peinture, la simultanéité des critiques crée ces beaux succès que les poètes savent aimer, servir même, tout en regrettant parfois que la poésie n’ait pas, avec les mêmes risques, des chances pareilles.
La poésie devenant parole entre dans l’action comme l’éloquence, et peut-être alors lui accordera-t-on une part de l’attention qui encourage, excite et soutient les arts voisins, théâtre, peinture, musique.
Comme eux, la poésie sent son œuvre nécessaire à la beauté de la patrie. Comme eux, elle s’efforce à bien faire. Comme eux, elle voudrait vivre d’une vraie vie.
Elle vient ce soir au-devant du public et de la critique. »
Cette idée d’une Première d’un livre fut vraiment fort goûtée et le mot fit fortune, répété par toute la presse qui rendit compte du succès.
Peu de temps après, M. Jean Aicard donnait publiquement des lectures de son poème en Belgique ; puis en Suisse, où déjà, l’année précédente, il avait porté des fragments de Miette et Noré, alors inachevé.
Dans ces diverses lectures, l’auteur rattachait entre eux les morceaux qu’il citait de son poème, par des réflexions critiques quelquefois fixées au crayon, un peu au hasard, en marge de son manuscrit.
Il nous a semblé intéressant de réunir un certain nombre de ces notes, au choix du poète. On y trouvera un point de vue personnel sur les choses de son art. Ici, il explique ce qu’il entend par poésie populaire ; là, il touche un point curieux de prosodie nouvelle, etc.