—Je n'ai pas longtemps à vivre.... Si tu me fais ce chagrin de me refuser, tu le regretteras, moi une fois morte. Qu'est-ce que je te demande? de t'engager à suivre ton devoir.... Il faudra bien que tu la fasses, cette même promesse, devant le curé!... Songe, si tu n'étais pas ce que tu dois, au malheur qui en sortirait! Elle en mourrait peut-être, ta pauvre petite fiancée! Tu la tuerais!

—C'est bon! dit-il, vous avez raison. La pauvre innocente! Je ne voudrais pour rien au monde lui faire peine ni souffrance.... Je jure de faire ce que vous voulez, acheva-t-il, prenant en homme sa résolution.

La vieille respira profondément, comme soulagée.

Elle croyait en son fils. Il est «tant brave!» répétait-elle souvent.


[XXIV]

PARJURE.

Quand la vieille Pastorel avait conté à son fils l'intervention de Martégas dans la querelle de Zanette avec Rosseline, puis l'effronterie de Martégas poursuivant Zanette, Jean avait montré quelque irritation contre le mauvais gueux, le gardian de malheur, l'ivrogne, et il s'était répandu en injures, disant: «Qu'il ne se trouve pas sur mon chemin!» mais, quelque temps après, lorsque sa mère, croyant bien faire, lui annonça que le bruit public accusait la cabaretière d'être la maîtresse de Martégas, alors, il s'emporta bien autrement contre ce bandit, ce voleur, ce coquin, qui poursuivait dans la campagne les honnêtes filles, et les compromettait; il s'écria:

«J'irai le trouver! j'irai lui demander explication. J'irai! D'ailleurs, ça n'est pas vrai, ce qu'on vous a dit de Rosseline et de lui; c'est impossible! Ce serait, si elle avait fait cela, la dernière des dernières!»

La vieille femme pensa: «Il a encore quelque chose pour elle.... Après tout, c'est bien naturel.» Et elle ne dit plus rien, sinon qu'elle lui défendait aussi de rechercher Martégas.