—Ne pleure pas! dit-il, ne pleure pas. Je t'ai toujours aimée, je t'aime.
Sa douleur ne le touchait pas; il n'y croyait pas, mais ses larmes la lui rendaient désirable en la lui montrant nouvelle, si émue! plus vivante!
Avec ses lèvres, il essuyait les yeux rougis, buvait les larmes sur la bouche, se sentait ivre de l'ancienne ivresse, qui recommençait.
L'amour qui le reprenait, à cette heure, c'était le mauvais amour, l'amour purement physique, l'amour égoïste, le plus puissant parce qu'il est selon la nature aveugle, instinctive. L'autre est presque toujours vaincu parce que, contenant le don de soi, le sacrifice, le dévouement, il est d'ordre surnaturel, divin,—ou, si l'on veut, idéal. L'amour pur, unique, éternel, c'est le désir, le songe créé par les cœurs, par les cerveaux humains. On s'y efforce, trahi par soi-même. On s'y élève, et l'on tombe. Et du bouvier ou du roi, on ne sait qui en approche davantage, le bouvier peut-être, le cœur simple, celui qui suit le mieux le naïf conseil des vieilles bonnes mères,—ces modèles réels d'après lesquels se règlent tous les rêves d'affection véritable.
Le gardian ne se connaissait plus.
—Ne pleure pas, je t'aime!
Les larmes lui allaient si bien qu'il était ravi de la voir pleurer! Loin d'éprouver pour elle de la compassion, volontiers il l'aurait fait souffrir pour jouir de la beauté particulière que lui donnait ce genre d'émotion.
Chacun d'eux n'aimait que soi.
Rosseline cria:
—Alors, laisse-la! ne l'épouse pas! je ne veux pas, entends-tu, je ne veux pas!