Il était inconsolable, ce Martégas.
On ne pouvait donc pas dire qu'il n'eût pas de conscience. Seulement, sa conscience travaillait à l'envers. Le diable en personne doit avoir des remords pareils, quand il a, par sa faute, manqué une occasion favorable de bien mal faire!
[IV]
A QUI LE CHEVAL?
Un peu avant le lever du jour, à l'heure blafarde, Martégas sortit du bouge avec Cabrol.
Tous deux montèrent sur la digue, et s'en allèrent longeant le parapet, le cerveau lourd, suivant des yeux le Rhône orageux, dont on devinait la couleur de terre, sous le ciel violacé, vineux.
Ils avaient dormi un instant, lourdement, les bras sur la table, la tête au pli de leurs bras, parmi les bouteilles et les verres visqueux.
Une bise qui, par caprice, remontait le Rhône, fouettait leurs visages terreux, énergiques et jaunes comme le Rhône même. Ce coup de fouet les réveilla.
Dégrisés, ils marchaient droit, sans rien dire, éclairés parfois d'une clarté brusque par un des réverbères accrochés aux maisons du quai; ils avaient l'air de deux mauvais fantômes.