—Zanette Augias, du mas de la Sirène en Camargue, où mon père est bayle.

La petite fille fit cette réponse avec fermeté et avec un certain air d'orgueil. Elle était fière de l'honnêteté de son nom. Son père, un brave travailleur, connu de tous, avait, depuis vingt ans, la confiance des maîtres du château. Dans la mignonnette, Rosseline vit une rivale capable de lui résister. Elle se sentit bravée, et répliqua:

—Je le savais, j'étais aux fêtes; là j'ai questionné des gens sur ton compte.... Tu m'avais paru plus jolie.... Tu n'es pourtant pas mal, mais trop petite... ma foi, oui! beaucoup trop petite!

—Pourquoi me dites-vous cela, à la fin? répliqua Zanette pâlissante et suffoquée.

—Pardine! Tu prends les amants des autres! Elles ont bien le droit, les autres, de juger celle pour qui on les laisse!

—Je ne sais pas ce que vous voulez dire. Rendez-moi ce qui est mien, mon père m'attend.

Le cheval, obéissant à Zanette, fit un pas vers Rosseline qui fit un pas vers lui, et qui saisit la bride.

—Lâchez mon cheval! dit Zanette qui, à cet affront menaçant, sentit la colère gronder, plus grande que son pauvre cœur.

—Non pas! car tu t'en irais, et je veux que tu m'entendes.... Il est à moi, ton beau gardian, entends-tu, petite gueuse, à moi, à moi, à moi! S'il t'a fait, ce jour-là, une politesse,—tant pis pour toi, car elle n'aura eu qu'un jour, comprends-tu?... Et je te souhaite pour ton bonheur d'avoir été assez sage pour qu'elle n'ait aucune suite! Le mieux serait de me promettre de ne pas me le disputer, car si tu veux qu'il te vienne encore, tu n'as pas fini de rire!... Voyez-vous ces campagnardes qui veulent prendre leurs amoureux aux plus belles filles de la ville d'Arles! Tu es fière de l'honnêteté de ton père, à ce que je vois, et il paraît que tu as raison, mais tu ferais aussi bien d'être un peu honnête toi-même! Et pourquoi, dis, pourquoi m'as-tu volé mon galant? voleuse! voleuse! voleuse!

Elle secoua la bride du cheval qui reculait, piétinant avec impatience les galets pointus où s'écaillait sa corne.