—Me lâcherez-vous à la fin? cria Zanette toute indignée.
Ses lèvres tremblaient. Elle pressa son cheval qui secoua rageusement la tête et recula devant Rosseline.
Alors, la petite fille de Camargue sentit frémir et bondir son sang de Sarrasine. Sa fierté de fille libre des vastes plaines désertes s'émut tout entière au plus profond d'elle-même.
—La voleuse, c'est vous! dit Zanette, et rendez-moi, je vous dis, ce qui est à moi.... Je ne vous dois point de compte. Je ne savais pas si vous existiez seulement. Adressez-vous à qui vous doit des comptes. Et surtout rendez-moi ce qui est à moi, je vous le répète! rendez-le moi!
—Non! tu ne l'auras plus!
Et dans un geste de rage, Rosseline jeta au ruisseau la pauvre petite cocarde qui, en un clin d'œil, comme une fleur morte, comme un papillon noyé, fut emportée au Rhône.
Alors, la fillette vit rouge. Son bras tout petit se leva et sa cravache était près de s'abattre sur les doigts de Rosseline, quand, au coin de la rue étroite, à vingt pas des deux femmes, un cavalier parut. C'était Martégas. Il ne connaissait encore ni le fameux café des Arènes ni la belle Arlèse dont il se souciait pour le moment comme du vieux fer d'un cheval des villes.
Après un marché passé sur la Place des Hommes où les travailleurs viennent s'offrir et se louer le samedi, il arrivait ici en reconnaissance. Ses amis devaient l'y rejoindre. Martégas avait surpris le mouvement de la petite Zanette, pour qui il avait au cœur une sorte d'amour mauvais et sauvage.
De gré ou de force, il voulait l'avoir. Essayer de lui complaire était le moyen le plus naturel, sinon le plus facile.
—Lâchez-moi! lâchez-moi! cria plus fort que jamais la pauvre fillette en reconnaissant Martégas, ce gardian chassé par son père, et pour qui elle n'avait que de la répugnance.