—Et alors? fit Martégas, narquois.
—Qui êtes-vous et que voulez-vous? dit Rosseline toute pâle.
—Un client pour ton cabaret, voilà ce que je suis, la belle.
—Et tu te mets dans la tête qu'après ton injure et le mal que tu m'as fait, je te recevrai chez moi?
—Il le faudra bien, ma fille. Ton métier veut ça et il paraît que tu l'as choisi. A me recevoir mal tu perdrais la clientèle de tous ceux de Camargue et de beaucoup du Rhône. Voyons, qu'aurais-tu dit, si j'avais frappé fort?... Pourquoi insultais-tu la petite, une enfant que pour ainsi dire j'ai vue naître?... Tu l'appelais voleuse, si j'ai bien entendu. Que t'a-t-elle volé?
—Ça ne te regarde pas. Passe ton chemin. Es-tu toi aussi de ses galants, à cette fille?
—Plût à Dieu! car à la vérité, j'espère bien le devenir. Elle est plus gentille que toi, à mon goût du moins.
Rosseline, de nouveau, était blessée au point le plus sensible. Elle ne pouvait souffrir que même un indifférent lui préférât une femme, une fille quelconque. Elle fut jalouse subitement du goût que cet inconnu montrait pour Zanette, et ne sachant comment le punir, elle lui cracha ce mot:
—Lâche! dit-elle, lâche!
—Veux-tu, dit-il en riant, que je recommence?