Qu'il eût ou non l'intention de frapper encore, il leva sa cravache qui était un nerf de bœuf. Alors, le ressentiment la saisit; un mélange de colère et d'épouvante se fit en elle; la rage, la jalousie, l'envie, l'impuissance déterminèrent l'exaspération folle. Elle arracha de sa coiffe une épingle à grosse tête ronde, et piqua furieusement la jambe du cavalier.
D'un bond il fut à terre et, laissant son cheval libre en pleine rue, il prit la fille par un bras.
—Au secours! cria-t-elle.
Il lui ferma la bouche, et la portant à moitié il la poussa contre la porte du cabaret dont les vitres éclatèrent et qui s'ouvrit toute grande.
—Ah! gueuse! ah! coquine! ah! tu veux en tâter, cavale?
Il la tenait par le bras, et d'une saccade brusque il la renversa sur le carreau. Puis, penché sur elle, un genou en terre, il la souffleta. Elle se couvrit le visage avec ses mains. Les coups tombèrent alors drus et pressés sur ses cheveux qui se dénouèrent; la coiffe fut lancée au loin.... Elle se taisait, farouche, les dents serrées, avec seulement une saccade de respiration plus forte à chaque coup. Les coups sonnaient sourdement. Tout de suite, elle comprit très bien que ce redoutable jouteur mesurait sa force, ne voulait pas la tuer... il l'épargnait.... Cette réserve lui parut une sorte de suffisante tendresse mêlée à la brutalité; cette retenue lui semblait caressante; elle en jouissait....
—En as-tu assez, réponds? Recommenceras-tu, dis? réponds; mais réponds donc, réponds, je te dis!
Elle était étendue à terre de tout son long.
Il la prit par ses longs cheveux dénoués et marchant sur les genoux, il la secoua, la traîna sur le carreau; mais elle, continuant à comprendre que s'il eût voulu il l'eût brisée, sentait toujours comme une caresse sous les coups,—et elle ne répondit pas, ne désirant peut-être pas être lâchée par ce poing terrible, qui l'épargnait.
Il la laissa enfin.