—Ah! c'est toi, Martégas?... J'ai besoin d'un renseignement.... Il fait chaud, hein?

Martégas dut s'arrêter.

Zanette n'en entendit pas davantage. Elle continua sa route sans rien dire. Le gendarme comprit qu'il impatientait le gardian en l'arrêtant de la sorte, et s'amusa à la retenir un peu plus qu'il n'aurait fait sans cela. Pour ne pas se brouiller avec le gendarme, Martégas, furieux sans le montrer, répondit à tout, mais à la fin il fit sentir l'éperon à son cheval qui se cabra.

—Mon cheval s'impatiente à cause des mouissales. Adieu, brigadier; j'accompagne chez son père la jolie fille que vous avez vue. C'est Zanette Augias, de la ferme de la Sirène....

Et Martégas mit son cheval au galop.

—Une fille bien gardée! grogna le brigadier, qui s'en retournait à Arles avec son compagnon.

Les deux gendarmes partirent au grand trot. Le chemin derrière eux était vide. Martégas avait aperçu, loin de la route qu'elle avait quittée, filant à toute volée à travers la plaine déserte, sous le soleil de midi, Zanette sur Griset. Elle avait bien un quart de lieue d'avance. Une fureur le prit. Dépit, colère, désir de satyre, désir aussi de centaure, d'homme de cheval qui ne veut pas être vaincu à la course. Et, franchissant d'un bond énorme le fossé de la route, il s'élança à la poursuite de la légère cavalière....

Légère en effet! Sur le dos de Griset, elle ne pesait rien, pas plus que le roitelet de la légende emporté au fond des airs sur la queue de l'aigle.

Griset, qui rentrait vers l'écurie, vers le repos, vers les endroits familiers,—volait, allongeant la tête, le cou, le corps, la queue, les pattes... il volait, filait, horizontal comme une flèche....

—Dzira! criait-elle....