Elle avait adopté, sans savoir pourquoi, ni comment, ce mot avec lui. Encore un mot zézayé comme son nom. Il lui était venu aux lèvres, un jour, en poussant son cheval; elle l'avait répété en pressant Griset du pied, en le touchant de la cravache; et maintenant Griset n'avait besoin jamais d'aucune autre excitation.

—Dzira! sifflait-elle à voix basse.

Et dans ce mot, qui sonnait comme le désir, il y avait pour Griset, une magie infaillible.

«Il ira!... Griset ira! Le Gris ira!» Dzira! c'est peut-être de ces assonnances qu'était né le cri de départ de la fillette, habituée dès sa plus petite enfance à monter les chevaux de la manade.

Sur Griset, elle ne craignait rien; elle tenait sur lui comme l'oiseau à la branche que le vent peut secouer.

—Dzira! disait-elle de temps en temps, et elle sentait sous elle la délicieuse vitesse redoubler.... Elle se retourna et vit Martégas. Naturellement il montait un camarguais. Or ce ne sont pas de grands chevaux et Martégas, excellent cavalier, était par bonheur un cavalier pesant. La lutte était par là heureusement inégale. Le bouvier le sentait, mais, rageur, il ne voulait pas, ayant montré l'intention d'atteindre Zanette, en avoir le démenti.

Il assura son chapeau sur sa tête, se dressa un peu sur ses étriers fermés qu'il chaussa jusqu'au fond, et se mit à faire tourner rapidement dans sa main droite le nerf de bœuf qui était sa cravache. Le bruit continu de cette arme tournoyante sifflait tout contre les oreilles du cheval qui la connaissait bien. Tout de même, c'était un cheval plus fort que celui de Zanette. Et il n'avait pas, comme Griset, fait ses vingt kilomètres, ce matin.... Martégas gagnait du terrain, il reprit espoir.

—Voyez-vous, la coquillade! murmurait-il.

La coquillade est un des noms de l'alouette huppée, l'alouette de pays, toujours perchée sur motte ou sur roche,—et qui ne se laisse pas facilement approcher.

Alouette ou caille,—Zanette s'envolait, mais la lourde tardarasse, l'aigle bâtard, volait aussi et comptait bien l'atteindre.