[XIV]

NOTRE-DAME-D'AMOUR, EXAUCEZ-MOI!

Le père Augias n'eut pas grand'chose à expliquer à sa fille.

—J'ai tout entendu, lui dit-elle, mais je ne savais pas que Pastorel dût venir?

—Il ne doit pas venir, j'ai menti, dit Augias, il le fallait, pour me débarrasser de ce Martégas. J'aurais dû lui dire tout de suite et tout simplement que je ne lui permettais pas d'être de ceux qui essaieront de prendre le cheval... je n'ai pas osé d'abord... j'ai eu peur de lui, s'il faut que je le dise... peur de lui... oh! pas pour moi.... C'est un mauvais coureur de filles, capable de tout... il connaît trop bien la maison!... Aussi, vois-tu, j'ai hâte de te voir mariée, quoique jeunette. Je peux, d'un moment à l'autre, te manquer... il faut que j'y pense, à cela. Et donc, c'est au hasard, sans réflexion, que j'ai parlé à Martégas de ce Pastorel;—me voilà forcé maintenant d'aller le chercher!... Eh bien, tant mieux! car celui-ci, c'est, je pense, un mari comme il te faudrait. Il faut que tu sois protégée.

Zanette rougit un peu:

—Vous le connaissez donc, mon père? fit-elle. Vous ne m'aviez pas dit ça.

—Par prudence, c'est vrai, je n'ai rien dit le jour des fêtes; je le connaissais seulement un peu, je voulais être sûr que le bien qu'on dit de lui est véritable; j'ai pris, depuis ce temps, mes renseignements; j'ai même vu sa mère, à Silve-Réal. Ça n'est pas loin des Saintes, et j'irai là, demain, pour le chercher.... C'est un brave enfant....

Augias ne disait pas tout. Il connaissait l'histoire de Rosseline, mais, pensait-il, Pastorel se débarrasserait de cette mauvaise femme, en brave homme qu'il était, avant longtemps. Quand il reverrait Zanette, il oublierait facilement sa méchante aventure avec la belle Arlèse. Ainsi pensait Augias, et il ajouta: