[XVIII]

LE SÉDEN.

Jean Pastorel soupa avec eux, et plus d'une fois Zanette,—toute confuse, à cause du souvenir de la journée,—surprit le regard du gardian posé sur elle avec une attention profonde. Quand il s'apercevait que son regard était surpris par elle, vite, il le détournait. Mais plusieurs fois il continua de regarder «fixe et profond».... Il était, comme on dit là-bas, «dans ses pensées».

Il voyait, d'un côté, Rosseline et l'amour tourmenté qu'elle représentait; de l'autre, la vie d'amour tranquille qu'on pourrait mener avec cette petite si attentive auprès de son père, si ferme et si douce en même temps lorsqu'elle commandait valets et servantes, si adroite aussi, et encore si prompte à faire elle-même les choses qu'il fallait.

Il la félicita.

—Vous êtes dégourdie, demoiselle! dit-il.

—C'est toute sa mère, fit le père Augias.

Et Augias parla de sa femme. Il conclut:

—J'ai perdu l'âme de la maison. Mais Zanette se forme. Elle la remplacera. Cependant elle est encore, pour certaines choses, trop jeunette. Ainsi, je n'ai pas cru qu'elle pût élever sa petite sœur. Et je l'ai envoyée, ma pauvre cadette, habiter chez ma sœur à moi, aux Saintes; ça m'est un crève-cœur.