—A moi aussi, fit Zanette.

Et Pastorel pensa que, s'il se mariait avec cette enfant, sa mère à lui pourrait s'installer ici.... On lui rendrait la petite, à ce brave Augias.

Zanette, pendant ce temps, se demandait si, toute petite comme elle était, elle pourrait longtemps lutter, dans le souvenir de Jean, avec la beauté de cette Rosseline, car, de loin maintenant, cette fille lui apparaissait belle, beaucoup trop belle.... Un peu de jalousie la poignant, elle se surprit elle-même à faire la coquette, à répondre plus aimablement qu'elle n'eût fait sans cela. Et surtout elle sentait que dans son propre regard, elle mettait une force, une expression vive, particulière à ce jour, destinées à entrer par les yeux de Jean, au plus profond de lui, pour lui prendre le cœur. Cela se faisait non pas à son insu, mais malgré elle, c'était plus fort qu'elle; c'était, aussi, plus fort que lui.

Cette soirée décida de leur destinée. Rosseline méprisée, fut, au moins ce soir-là, vaincue par l'enfant qu'il avait vue chaste et nue, qu'il voyait pudique et coquette, qui parlait bien et qui, après avoir regardé clairement, en face, baissait les yeux au bon moment. Ce soir-là, ils s'aimèrent.

Le père Augias le vit bien et s'en réjouit.

Puis Zanette monta se coucher; les deux hommes restèrent seuls.

—Écoute, Pastorel, dit Augias. Il faut aller prendre du repos, je vais te montrer ta chambre, mais, avant «d'aller à la paille», écoute un mot sur ce Martégas. C'est un «marrias». Il ne faut pas qu'il ait le cheval.

—Il ne l'aura pas.

—Et pourquoi?

—Puisque je l'aurai avant lui.